L'écologie peut-elle enfin rassembler?
L’écologie est relativement absente du débat public comment l’expliquez-vous?
Je pense que le discours écologique n’est pas adapté aux attentes et aux souffrances des gens. Les gens sont absorbés par la difficulté de vivre au quotidien, la guerre…L’écologie apparaît en l’état comme une décision qui diminuerait leur pouvoir de vivre parce qu’elle n’aborde pas le sujet du bien-être. Les Français n’ont pas du tout l’impression que l’écologie réponde à leur mal être, sauf en promettant le pire.
Or, les gens aspirent plus au bonheur qu’aux chiffres.
Aussi, l’écologie ne promet rien ce qui rend difficile d’y adhérer et encore moins d’en faire un projet de société. A cela s’ajoute un déficit de communication responsable en partie du « backlash » : elle ne sait pas se vendre et donner envie, ce qui la rend aride parce que complexe.
Enfin, les lobbies financiers et l’écologie punitive diffusent un certain nombre de fake news dont l’efficacité repose sur l’absence de promesses concrètes.
Clivage peuple/élites, écologie punitive, l’écologie divise plus qu’elle ne rassemble. Pourquoi selon vous ?
Il est facile de dire que l’écologie est un truc de bobo et qu’on serait plus écolo en ville que dans les campagnes, alors que c’est faux : il n’y a rien de moins écologique qu’une ville ! Il faut aussi se rappeler que la sobriété est subie dans de nombreuses banlieues : il ne s’agit donc pas d’un concept de privilégié.
Il faut porter le message différemment. Prenons le libéralisme et son succès planétaire. Si les libéraux n’avaient fait que parler du cours de la bourse, personne n’y aurait adhéré. En revanche en parlant de consommation et de liberté, tout le monde est devenu libéral sans même s’en rendre compte.
A l’inverse, ceux qui sont à la peine dans leur quotidien ont du mal à voir ce qu’ils gagneraient à vivre dans une société écologique. Quand on achète un bien, il y a un avantage immédiat : le récit écologique doit être positif pour être audible.
L’écologie doit s’élever au-delà de ces clivages et proposer un autre système social qui repose sur le partage et la lutte contre la solitude, l’altérité, la convivialité …Comment faire attention au ver de terre alors qu’on a du mal à parler à son voisin ?
L’écologie doit être un projet de société et non de particularités.
Avec le mouvement pour une écologie culturelle, vous plaidez pour une approche qui repose sur l’art et la culture. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Tout repose sur l’art et la culture. Le libéralisme et le consumérisme reposent sur des sujets éminemment culturels : si vous avez tel parfum, telle voiture…vous obtiendrez de la reconnaissance. La culture ce n’est pas seulement l’art c’est ce qui façonne notre quotidien : sur cet aspect, l’écologie est en retard.
Le mouvement pour une écologie culturelle opère un tournant en reconnaissant l’expérience sensible et donc la singularité de chacun, en écoutant tout le monde qu’on ait fait des études ou non. Bref, pour créer une culture écologique commune.
Quant à l’art, c’est la partie émergée de l’iceberg : une musique que l’on écoute, le pont Neuf que l’on va habiller. C’est le symbole d’une société et de ses valeurs . permet de faire remarquer une société qui va de l’avant et a des valeurs.
Vous avez fondé un réseau de Maisons pour l’écologie culturelle pour éduquer à l’écologie. Qu’est-ce-que c’est ?
Les Maisons de l’Écologie culturelle ont été théorisées dans un nos de manifestes : elles s’inspirent des Maisons de la Culture d’après-guerre d’André Malraux. L’enjeu de ces maisons est d’être au plus près des gens pour se saisir de l’écologie de manière concrète et agréable, sans qu’il y ait besoin d’avoir fait de grandes écoles.
Elles apportent une écologie autrement avec des fresques, des ateliers et des moments de plaisir partagé plus qu’une écologie des chiffres et des graphiques. Le but des maisons de l’écologie culturelle est d’ouvrir ce qui est clôturé et de s’éloigner de la culture en silo, où chacun a sa spécialité.
Par exemple, à Bécherel en Bretagne ancienne place forte, les habitants ont créé le Festival Pestaculaire pour désenclaver le village et faire tomber les murs.
Qu’est-ce qu’il faudrait pour que l’écologie rassemble en 2027 ?
Il faudrait qu’elle parle un langage accessible, qui ne soit ni idéologisé ni scientifisé. Une écologie populaire du plaisir et de la convivialité. Il faut que l’écologie change son module d’exploitation pour passer du négatif au positif : on adhère à un projet de société heureux et pas malheureux.
Il faut aussi jouer davantage sur l’affect : on est convaincu par les gens qu’on aime, la politique doit donc faire appel à l’instinct plutôt que de rendre des comptes.
Enfin, on paye des années de politique essentiellement gestionnaire qui ont fait oublier que le rôle de la politique est avant tout de créer de nouveaux mondes.